L'Euro sous pression à la veille de la décision de la BCE sur son programme d'assouplissement quantitatif

Enrique Díaz-Álvarez02/Dec/2015Actualités

Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) réexaminera ce jeudi 3 décembre sa politique monétaire. Il est fort probable que le président de la BCE, Mario Draghi, annonce une amplification de son programme de QE (pour “quantitative easing ou “assouplissement quantitatif”).

CONTEXTE
La BCE a annoncé en janvier se lancer dans le rachat de dettes souveraines de 60 milliards d’euros par mois pour tenter de relancer l’inflation et atteindre l’objectif officiel « inférieur à mais proche de 2 % ».

Cependant, bientôt un an après cette annonce, l’inflation est proche de 0 % et la performance économique générale dans la zone Euro reste décevante.

Pour preuve, le taux d’inflation enregistré dans la zone Euro en octobre est de l’ordre de 0,1 % (Figure 1). Les prix à la production inquiètent également les observateurs. En baisse constante depuis mi-2013, ceux-ci se sont de nouveau contractés de 3,1 % le mois dernier. Néanmoins, la croissance économique s’est quelque peu améliorée au deuxième semestre 2015 mais demeure tout de même en deçà de l’objectif des 2 %.

Figure 1 : Taux d’inflation de la zone Euro (2011 – 2015)

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Source : Thomson Reuters Datastream Date : 30/11/2015

Ces derniers mois, certains responsables politiques de la zone Euro ont donc multiplié leurs déclarations alarmistes à ce sujet. Lors de la dernière réunion, Mario Draghi a annoncé que l’inflation resterait faible pour « une période de temps prolongée » et que les mesures pour relancer l’inflation seraient « réexaminées » au cours de la prochaine réunion. Depuis, Mario Draghi a laissé entendre que la Banque centrale européenne « utiliserait tous les moyens à sa disposition » pour relancer la croissance, envisageant ainsi une baisse du taux d’intérêt appliqué aux dépôts, pourtant déjà négatif.

NOS ATTENTES
Le marché s’attend à des mesures fortes de la part de la Banque Centrale ce jeudi et donc à une augmentation agressive du programme de Quantitative Easing. Nous pensons que les décisions du conseil seront à la hauteur de ces espérances et nous nous attendons aux décisions suivantes :

La BCE devrait simultanément prolonger son programme et augmenter le montant de ses achats. Le montant des achats passera de 60 à 80 milliards d’euros et le programme sera prolongé jusqu’à la fin 2016.
Les outils utilisés seront élargis pour inclure les obligations régionales et municipales. La BCE aura alors à sa disposition de nouveaux outils à inclure dans son programme d’achat. Cela lui permettra de ne plus se cantonner au rachat de dettes souveraines, qui affichent désormais des rendements trop faibles voire inférieurs à ceux des dépôts, et de respecter le cadre qu’elle s’était fixée pour son programme.
Le taux de dépôt passera de -0,2 % à -0,4 %. Le Danemark et la Suisse nous ont montré que des taux de dépôts négatifs n’entraînent pas nécessairement une augmentation des retraits d’argent de la part des clients voulant préserver leur épargne.

L’amplification attendue du QE en Europe souligne les divergences de politique monétaires entreprises par la BCE, la Réserve Fédérale aux États-Unis et, dans une certaine mesure, de la Banque d’Angleterre.

RÉPERCUSSIONS POUR LES MARCHÉS DES DEVISES
Par opposition à la zone Euro, l’économie américaine se porte bien. La croissance reste solide, le marché du travail se reprend et l’inflation montre des signes d’amélioration. Par conséquent, la politique monétaire de la Fed et celle de la BCE sont actuellement diamétralement opposées. Alors que l’Europe pense à augmenter son programme de rachat d’actifs, le marché s’attend à une hausse des taux directeurs aux États-Unis à l’issue de la réunion du 16 Décembre 2015 du FOMC.

Dans le même temps et malgré certains commentaires concilliants de la part de la Banque d’Angleterre sur la conjoncture économique du pays, une hausse des taux directeurs au Royaume-Uni semble de plus en plus probable pour le deuxième semestre 2016. Cette disparité a causé une forte dépréciation de l’Euro l’année passée par rapport à la Livre Sterling et encore davantage face à l’US Dollar (Figure 2).

Figure 2 : Évolution historique EUR/USD & EUR/GBP (2011 – 2015)

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Source : Thomson Reuters Datastream Date : 30/11/2015

Nous pensons que les divergences entre les politiques monétaires des différentes Banques Centrales devraient continuer à exercer une pression baissière sur l’Euro dans les mois à venir contre presque toutes les devises majeures. La dépréciation sera probablement plus importante contre l’USD et nous nous attendons toujours à ce que la parité entre l’Euro et l’US Dollar soit atteinte au cours du second trimestre 2016.

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Écrit par Enrique Díaz-Álvarez

Directeur des risques chez Ebury, Enrique est responsable de la direction stratégique et de l’analyse du marché des devises. Enrique est considéré par Bloomberg comme l’un des meilleurs prévisionnistes forex.