Yuan chinois : analyses et prévisions pour 2016

Enrique Díaz-Álvarez11/May/2016Actualités

Les marchés continuent de se concentrer sur les divergences entre les politiques monétaires des principales puissances économiques. Après une hausse en décembre, la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait encore relever ses taux d’intérêt à deux reprises en 2016 ; la Banque d’Angleterre pourrait lui emboiter le pas au dernier trimestre 2016. En revanche, la plupart des autres banques centrales des pays du G10, notamment la Banque centrale européenne (BCE), sont toujours clairement dans une démarche d’assouplissement.

Les perspectives d’un durcissement de la politique monétaire de la Fed, tout comme la forte chute des cours des matières premières qui y sont liées, ont enclenché en janvier et février un mouvement baissier sur la plupart des devises des pays émergents, en particulier celles des pays exportateurs de matières premières. Cependant, la récente stabilisation des cours des matières premières a alimenté un rebond partiel.

La banque centrale chinoise (BPC) a récemment mis en place un nouveau mécanisme de fixation du yuan, évalué sur la base d’un panier pondéré de plusieurs devises, et non plus face au seul dollar US. En plus de surveiller à moyen terme les évolutions de ce panier, la BPC intervient pour empêcher des fluctuations soudaines au jour le jour (supérieures à 2 %) par rapport au dollar américain.

Depuis la dévaluation du yuan en août de l’année dernière, lorsque le fixing a été abaissé en seulement une semaine d’environ 3 % par rapport au dollar américain, la monnaie a subi une forte dépréciation face au dollar américain.

Le yuan est tombé début 2016 à son niveau le plus bas en cinq ans, bien que la devise se soit apprécié depuis grâce à la faiblesse du dollar US et à la stabilisation des marchés financiers chinois (figure 1).

Figure 1 : évolution du taux de change USD/CNY (2011 – 2016)

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Source : Thomson Reuters Datastream Date : 06/05/2016

La récente dévaluation du CNY est intervenue dans le contexte d’un ralentissement marqué de l’économie en Chine. En 2015, la croissance économique est tombée à son plus bas niveau en vingt-cinq ans (figure 2) et le pays voit l’Inde lui ravir le titre de grande puissance économique ayant la plus forte croissance au monde.

La croissance n’a été que de 6,7 % au premier trimestre 2016, prévue à 6,5 % pour l’année et seulement à 6,2 % pour 2017, bien en deçà de l’objectif de 7 % de la banque centrale.

Figure 2 : croissance annuelle du PIB chinois (2011 – 2016)

Réserves de change USD en Chine

 

Source : Thomson Reuters Datastream Date : 06/05/2016

La production industrielle et la croissance des ventes de détail ont ralenti, alors que la force relative du yuan par rapport aux devises des principaux partenaires commerciaux de la Chine a provoqué une baisse importante des exportations. En février, celles-ci avaient chuté de plus de 25 % sur les douze derniers mois, leur plus forte baisse en près de sept ans.

Pour stimuler une économie chinoise à la peine, la banque centrale a été contrainte de procéder à une série de baisses des taux d’intérêt. En octobre, le taux directeur a été abaissé de 25 points de base à 4,35 %. Un nouveau ralentissement économique cette année mettrait probablement davantage de pression sur la BPC pour qu’elle augmente encore l’importance du stimulus.

Les réserves de change chinoises ont également continué à baisser, les autorités chinoises vendant des dollars américains pour soutenir le yuan et endiguer les sorties de capitaux. Les réserves de change ont chuté de près d’un quart au cours des dix-huit derniers mois, atteignant presque leur niveau le plus bas depuis cinq ans (figure 3).

Figure 3 : réserves de change chinoises (2011 – 2016)

Réserves de change USD en Chine

 

Source : Thomson Reuters Datastream Date : 06/05/2016

Le yuan a cependant été soutenu, dans une certaine mesure, par une stabilisation des marchés financiers chinois après la forte chute des bourses tout au long de la seconde moitié de 2015.

  • Nous sommes d’avis que la Chine s’est trop focalisée sur la récente baisse du marché boursier et nous ne nous attendons pas à ce que celle-ci entraîne de nouvelles dévaluations significatives du yuan chinois, puisque seuls 20 % de la richesse chinoise sont investis en actions.
  • Après avoir brutalement chuté, le niveau des réserves de change s’est stabilisé, reflétant ainsi les effets de valorisation dus à la faiblesse du dollar US et un ralentissement des sorties de capitaux suite au renforcement des contrôles par les autorités chinoises.
  • Les données économiques ont plutôt apporté de bonnes surprises, avec par exemple de bons chiffres pour le PMI, principal indicateur du climat des affaires, et une croissance au premier trimestre supérieure aux attentes.
  • L’un des principaux objectifs à long terme de la Chine est l’internationalisation du yuan comme monnaie d’échange et de réserve. Une forte dévaluation mettrait à mal la confiance dans la monnaie chinoise et serait en fin de compte contre-productive. En outre, un CNY plus faible irait à l’encontre de l’objectif de rééquilibrage de l’économie chinoise en faveur de la consommation intérieure au détriment de l’investissement.

Nous continuons donc à penser que les autorités chinoises maintiendront leur objectif implicite de préserver la stabilité du yuan par rapport à son panier de devises pondéré en fonction des échanges commerciaux.

Alors que les divergences de politique monétaire entre la Banque du Japon, la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine vont probablement faire baisser le yen et l’euro face au yuan, nous ne prévoyons qu’une baisse marginale du CNY face au dollar américain par rapport aux niveaux actuels.

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Écrit par Enrique Díaz-Álvarez

Directeur des risques chez Ebury, Enrique est responsable de la direction stratégique et de l’analyse du marché des devises. Enrique est considéré par Bloomberg comme l’un des meilleurs prévisionnistes forex.