Real brésilien : analyses et prévisions pour 2016

Enrique Díaz-Álvarez20/May/2016Actualités

Conformément à nos prévisions, le réal brésilien (BRL), bien que volatil, se redresse jusqu’ici cette année.

Son effondrement en 2015 l’a amené à subir l’une des plus fortes dépréciations constatées parmi l’ensemble des devises de pays émergents (Figure 1). Le réal a ainsi perdu plus de 30 % de sa valeur par rapport au dollar US dans un contexte de mauvaise performance économique et d’incertitude politique qui a fortement pesé sur le sentiment des investisseurs.

Figure 1 : évolution du taux de change USD/BRL (2011 – 2016)

Img1

Source : Thomson Reuters Datastream, au 12/05/2016

Crise politique

La crise politique au Brésil s’est accentuée ces derniers temps et la présidente Dilma Rousseff est désormais vouée à se voir destituée après une défaite cinglante au Sénat.

La présidente brésilienne, dont la popularité s’est effondrée alors que le pays connaît sa pire récession depuis des décennies, est accusée d’avoir manipulé les comptes publics en 2014.

Difficultés économiques

L’économie brésilienne s’est contractée de 5,9 % au quatrième trimestre 2015 et de 3,8 % sur l’année dans son ensemble (Figure 2). La production minière et industrielle a été frappée de plein fouet, reculant de plus de 6 % dans l’un et l’autre cas face au plongeon récent des prix mondiaux des matières premières.

Figure 2 : évolution annuelle du PIB brésilien (2011 – 2016)

Img2

Source : Thomson Reuters Datastream, au 12/05/2016

Le niveau élevé des taux d’intérêt, l’envolée de l’inflation et la crise politique ont pesé sur les investissements et les dépenses des ménages. Les prévisions du FMI pour le Brésil cette année sont particulièrement sombres : l’institution s’attend à ce que l’économie brésilienne affiche une contraction de 3,8 % en 2016, marquant sa pire récession depuis plus d’un siècle.

Le déficit budgétaire du pays a gonflé sous la présidence de Dilma Rousseff, s’envolant en 2015 à un plus haut historique équivalent à 10,5 % du PIB total. Le chômage atteint par ailleurs son niveau le plus élevé depuis plus de six ans.

Emboîtant le pas à deux autres grandes agences de notation, Moody’s a rétrogradé la note du Brésil en catégorie spéculative en février dernier, avec une perspective négative qui augure d’abaissements supplémentaires.

Facteurs économiques positifs

Il est toutefois encourageant de noter que l’inflation commence à ralentir après avoir atteint son niveau le plus élevé depuis 13 ans (10,7 %) au début de l’année. La croissance globale des prix à la consommation a ralenti à 9,3 % en avril, marquant le taux le plus bas depuis dix mois même s’il reste bien au-delà du niveau ciblé.

La banque centrale brésilienne a profité de la période de réal fort pour amasser des réserves de change considérables permettant de couvrir près de 20 mois d’importations (Figure 3). Ce trésor de guerre offre aux autorités brésiliennes une marge de manœuvre importante pour intervenir sur le marché des changes afin de stabiliser le réal et d’éviter toute nouvelle correction excessive.

Figure 3 : réserves de change brésiliennes (2011 – 2016)

Img3

Source : Thomson Reuters Datastream, au 12/05/2016

Malgré la morosité des contextes macroéconomique et politique, le réal est selon nous soutenu par trois grands facteurs :

1. Les taux d’intérêt demeurent élevés et sont nettement supérieurs au niveau de l’inflation, faisant que les taux réels sont largement positifs à environ 4 %. Dans un contexte mondial caractérisé par des taux d’intérêt extrêmement bas, le réal se montre désormais attractif pour les investisseurs.
2. Le cours du réal demeure extrêmement faible, ce qui, allié à la baisse des importations, a permis au Brésil de réduire de près de moitié le déficit de son compte courant en l’espace de seulement un an.
3. Les prix des matières premières semblent se stabiliser et même connaître un léger redressement.

Quelles perspectives d’évolution pour le réal brésilien ?

La validité de notre thèse d’une dépréciation excessive du réal l’an dernier se confirme jusqu’ici en 2016, ce dernier ayant compté parmi les devises mondiales les plus performantes au premier trimestre.

Les indicateurs positifs qui soutiennent le réal devraient permettre le maintien de cette tendance. Nous tablons sur une appréciation progressive de la monnaie brésilienne par rapport au dollar US cette année, puis sur une stabilisation en 2017.

L’assouplissement monétaire massif amorcé par la Banque centrale européenne dans la zone euro devrait permettre au réal de s’apprécier plus encore par rapport à l’euro cette année.

USD/BRL EUR/BRL GBP/BRL
T2-2016 3,65 3,90 5,20
T3-2016 3,45 3,55 5,05
Fin 2016 3,40 3,35 4,95
T1 2017 3,40 3,25 4,95
Fin 2017 3.40 3,25 4,95

 

Print

Écrit par Enrique Díaz-Álvarez

Directeur des risques chez Ebury, Enrique est responsable de la direction stratégique et de l’analyse du marché des devises. Enrique est considéré par Bloomberg comme l’un des meilleurs prévisionnistes forex.