Dollar US, euro, livre sterling - analyses et actualités

Enrique Díaz-Álvarez09/Jun/2016Actualités

Dollar US (USD)

Le dollar US est resté sous pression ce mois-ci après une performance peu reluisante au premier trimestre de l’année. Les investisseurs et les analystes ont de nouveau retardé leurs prévisions de la prochaine hausse des taux de la Réserve fédérale américaine.

L’indice dollar US reste en retrait d’environ 6 % de son pic de novembre 2015 (Figure 1).

Figure 1 : Indice en dollar US (2014 – 2016)
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Source : Thomson Reuters Datastream, au : 07/06/2016

Ralentissement de la croissance

Au cours du premier trimestre de l’année, la croissance économique s’est affaiblie. L’économie américaine n’a gagné que 0,5 % au cours des trois premiers mois de 2016, son rythme trimestriel le plus faible de ces deux dernières années.

La production industrielle a continué de chuter et la croissance du secteur tertiaire dominant est restée limitée, notamment après son premier recul en deux ans survenu en février.

Marché du travail solide

De façon surprenante, l’emploi a également commencé à refluer. Les récentes données publiées pour le mois de mai ont été très décevantes. Les créations d’emplois ont en effet été très loin des attentes, atteignant leur plus bas niveau en 6 ans à seulement 38 000 postes (Figure 2), et ce, après une impressionnante révision à la baisse de 37 000 embauches pour avril.

Figure 2 : Emplois non agricoles aux États-Unis (2010 – 2016)
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Source : Thomson Reuters Datastream, au : 07/06/2016

À 4,7 %, le chômage se maintient au niveau que la Réserve fédérale (Fed) considère comme celui du plein emploi. Le revenu moyen a quant à lui légèrement grimpé en gagnant 2,5 % par rapport à l’année dernière.

Le FOMC conquérant

Lors de la réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale en avril, le FOMC n’a pas touché aux taux et a reconnu que les risques globaux qui pèsent sur l’économie américaine justifient une pause dans le cycle de resserrement.

Depuis, les communications des membres du FOMC sont devenues beaucoup plus conquérantes. En fait, les minutes de la réunion d’avril, publiées en mai, avertissaient clairement les marchés qu’une hausse était clairement possible en juin, une action que les marchés des taux d’intérêt avaient pratiquement écartée.

Alors que les marchés des taux s’affairaient à mettre une valeur sur le niveau de détermination de la Fed, le dollar gagnait du terrain sur toutes les autres principales devises et effaçait près de la moitié de ses pertes de 2016.

Toutefois, les données assez mauvaises sur l’emploi du mois dernier semblent avoir pratiquement annihilé toute possibilité d’augmentation des taux en juin. Une hausse en juillet dépendra fortement de la reprise du marché du travail au cours du mois.

Quelle évolution pour le dollar US ?

Compte tenu des performances encore solides de l’économie américaine et du ton ferme adopté ces derniers temps par les membres du FOMC, nous anticipons toujours deux hausses de la part de la Fed en 2016, sous réserve que le marché de l’emploi se ressaisisse après son récent repli.

Une augmentation graduelle des taux de la part de la Fed pourrait offrir un soutien solide au billet vert par rapport à pratiquement toutes les autres devises majeures.

Euro (EUR)

L’euro a bien résisté depuis le début de l’année. En mai, il a retrouvé son plus haut niveau en huit mois par rapport au dollar US, malgré les grandes manœuvres d’assouplissement lancées par la Banque centrale européenne (BCE) en mars.

Toutefois, le durcissement du discours de la part de la Fed a repoussé la monnaie européenne au cours de la deuxième quinzaine de mai vers les plus faibles cours observés récemment.

La BCE tient le cap

Pas de surprise lors de la réunion de la BCE en avril, le Conseil des gouverneurs de la BCE ayant décidé de ne pas modifier la politique monétaire. Les principaux taux de refinancement et de dépôt ont été maintenus à 0 % et -0,4 % respectivement et la banque centrale continuera ses achats d’actifs à hauteur de 80 milliards d’euros par mois.

Mario Draghi, le gouverneur de la BCE, a mis en garde contre la possibilité d’une inflation négative au cours des mois à venir, les risques en provenance de l’étranger pointant « à la baisse ». Toutefois, les décideurs ont préféré attendre pour s’assurer que les mesures de stimulation supplémentaires adoptées en mars ont permis de doper la croissance et l’inflation avant de prendre de nouvelles initiatives.

Les malheurs de l’inflation

Les mesures de stimulation de Mario Draghi, que l’on a baptisées son « bazooka », semblent encore n’avoir eu que peu d’effet sur la hausse des prix dans la zone euro.

L’inflation globale a reculé de 0,2 % sur les douze mois menant à avril (Figure 3), sa plus forte baisse depuis le lancement du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE en mars 2015. L’inflation sous-jacente est quant à elle tombée au niveau inquiétant de 0,7 % seulement.

Figure 3 : Taux d’inflation dans la zone euro (2013 – 2016)
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Source : Thomson Reuters Datastream, au : 27/05/2016

Plus d’assouplissement ?

Nous pensons que la BCE a encore la possibilité de lancer de nouvelles mesures d’assouplissement si l’inflation ne montre aucun signe d’amélioration significative dans la zone euro au cours des prochains mois ou si la croissance économique flanche.

Outre l’inflation, nous regardons attentivement l’indice de confiance des entreprises PMI composite (Figure 4). Si cet indicateur commençait à perdre du terrain par rapport à son niveau actuel, nous pensons que de nouvelles mesures de stimulation seraient à l’ordre du jour dès la réunion de la BCE du mois de septembre.

Figure 4 : PMI Composite de la zone euro (2014 – 2016)
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Source : Thomson Reuters Datastream, au : 27/05/2016

La croissance économique reste également atone malgré un rebond sur les trois premiers mois de l’année pour atteindre un très modeste 0,5 % pour le trimestre. La production industrielle a chuté, tandis que l’indice PMI des services a plongé vers son plus bas niveau depuis plus d’un an.

Quelle évolution pour l’euro ?

De nouvelles mesures d’assouplissement de la part de la BCE étant toujours possibles, nous continuons de prévoir que l’euro repartira à la baisse face au dollar US. Les décisions de la Fed d’augmenter les taux d’intérêt devraient exacerber cette tendance.

La monnaie unique devrait suivre la même orientation par rapport à la livre sterling.

Livre sterling (GBP)

La livre sterling s’est stabilisée ces dernières semaines avec le recul des incertitudes sur le résultat du référendum crucial qui aura lieu en juin sur le maintien dans l’UE.

Les derniers sondages d’opinion restent plutôt équilibrés même si la moyenne des sondages depuis le début du mois d’avril montre à présent une avance d’environ 3 % pour le vote en faveur du maintien.

Les parieurs tournent toujours le dos à la possibilité d’un Brexit. Selon nous, le meilleur indicateur est le score du Number Cruncher Probability, qui tente de prendre en compte les biais de chaque sondage. D’après ce score, la probabilité d’un Brexit est à peine supérieure à 24 %.

La BoE met en garde contre les conséquences du Brexit

Le Brexit est sans nul doute la principale source d’inquiétude de la Banque d’Angleterre. Les sages de la Banque d’Angleterre (BoE) ont à nouveau voté à l’unanimité pour le statu quo sur les taux d’intérêt lors de leur réunion de mai et mis fin aux attentes selon lesquelles les plus conciliants d’entre eux pourraient voter pour une baisse immédiate.

Les prévisions de croissance pour cette année et la prochaine ont été revues à la baisse à 2 % et 2,3 % respectivement, reflet d’un contexte mondial moins favorable et de l’incertitude qui précède le référendum.

Le gouverneur Mark Carney a également brossé un sombre tableau des conséquences d’un Brexit : selon lui, il faudrait s’attendre à une forte chute de la livre sterling, une inflation plus élevée, une hausse du chômage et une baisse de la croissance pouvant potentiellement aller jusqu’à la récession. L’institution a également attribué environ la moitié des 9 % de dépréciation enregistrés depuis novembre à la peur que suscite le référendum.

L’incertitude freine l’économie britannique

Cette incertitude a commencé à se ressentir dans les performances de l’économie nationale : le Royaume-Uni a subi un net ralentissement depuis le début de l’année.

La croissance au premier trimestre a calé à 0,4 % tandis que les derniers résultats du PMI ont été plutôt tristes. Le secteur industriel s’est contracté en avril pour la première fois en trois ans et le secteur tertiaire dominant au Royaume-Uni est à son plus bas niveau depuis février 2013 (Figure 5).

Figure 5 : Croissance annuelle du PIB et du PMI britanniques (2013 – 2016)
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Source : Thomson Reuters Datastream, au : 27/05/2016

Quelle évolution pour la livre sterling ?

Malgré les résultats serrés annoncés par les sondages, nous restons convaincus que les Britanniques vont voter pour rester au sein de l’UE lors du référendum de juin. Si cela se réalise, la fin de l’incertitude entraînera probablement un rebond immédiat de la livre sterling et devrait favoriser la croissance au second semestre de l’année.

La Banque d’Angleterre pourra donc, selon nous, en profiter pour augmenter les taux d’intérêt au cours du dernier trimestre de 2016. Nous estimons que la livre va suivre le rythme du dollar US, car le FOMC resserre également sa politique monétaire, et sera largement renforcée par rapport à l’euro.

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Écrit par Enrique Díaz-Álvarez

Directeur des risques chez Ebury, Enrique est responsable de la direction stratégique et de l’analyse du marché des devises. Enrique est considéré par Bloomberg comme l’un des meilleurs prévisionnistes forex.