Focus sur le Kenya – Entre services mobiles et faiblesses structurelles

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7 July 2020

Written by
Augustin Doittau

FX Corporate Dealer

Le sujet de cette semaine nous emmène en république du Kenya. Le Kenya, qui compte 53 millions d’habitants, est le 27ème pays le plus peuplé au monde. L’ancienne colonie britannique possède également la plus grande économie d’Afrique subsaharienne, après le Nigeria et l’Afrique du Sud. Elle possède notamment l’un des ports intérieurs les plus stratégiques sur le lac Victoria, ce qui fait du commerce l’une des principales industries du pays. Les exportations les plus importantes sont essentiellement de nature agricole. D’ailleurs, près de 75 % de la main-d’œuvre kenyane est employée par le secteur agricole. Le thé, les fleurs coupées, les grains de café, les légumineuses, les carbonates, le pétrole raffiné, les produits du tabac, les fruits et les légumes représentent près de 60 % des exportations.

Le Kenya a connu une croissance économique sans précédent ces dernières années, ce qui a eu un impact considérable sur la réduction de la pauvreté et la stimulation de la prospérité. Selon la banque mondiale, le taux de pauvreté est passé de 43,7 % en 2006 à 36,8 % en 2015 (dernières données disponibles), et la croissance du PIB a atteint une moyenne de 5,7 % entre 2013 et 2018, soit près de 2 % de plus que la moyenne des autres pays subsahariens (~3,8 %). Cette fantastique trajectoire de croissance a considérablement ralenti en raison de la Covid-19 avec une croissance du PIB de 1,5 % prévue en 2020.

Fin mai 2020, le conseil d’administration de la banque mondiale a approuvé une opération de soutien budgétaire d’un milliard de dollars au Kenya afin de soutenir la mise en place de réformes contribuant à faire avancer le programme de croissance du gouvernement, notamment en ce qui concerne les logements abordables et le soutien aux revenus des agriculteurs.

Alors que de nombreux pays, même parmi les plus avancés, mettent en place des réseaux de paiement mobile, le Kenya est à la pointe de cette initiative depuis plus de dix ans. M-PESA a révolutionné les canaux de paiement au niveau local et a servi de modèle à de nombreux autres marchés émergents. Le canal du paiement mobile a profité d’un dynamisme croissant au Kenya allant même jusqu’à créer un marché bancaire parallèle pour de nombreuses personnes qui n’avaient pas accès à ce type de service depuis de nombreuses années. Il n’est donc pas surprenant qu’un réseau mobile comme M-PESA ait été fondé par un fournisseur de téléphonie mobile – Vodafone. La filiale de Vodafone, Safaricom, issue de la défunte Kenya Postal and Communications Company, a été le chef de file de cette initiative, prouvant que l’on peut prospérer en offrant des services aux personnes ayant de faibles revenus.

M-PESA était en réalité une solution par erreur ; à l’origine, M-PESA (PESA signifiant “l’argent est swahili”) a été mis en place pour la gestion des microcrédits. Toutefois les opérateurs ont rapidement réalisé que les Kenyans l’utilisaient pour tout autre chose. Plutôt que d’utiliser M-PESA pour rembourser les prêts, ils l’utilisaient pour s’envoyer de l’argent entre eux. Aujourd’hui, près de 93 % de la population kenyane a accès aux paiements par téléphone portable ; le montant des besoins en monnaie physique a diminué, ce qui a eu un impact important sur la criminalité liée à la fraude et au vol, car moins de personnes ont besoin d’avoir de l’argent liquide en main pour payer des biens et des services.

Alors que les paiements P2P (Peer-to-peer) et les paiements mobiles ont réussi à modifier la dynamique de l’accès aux services financiers au Kenya, les paiements transfrontaliers ont continué à poser des problèmes:

  • L’accès aux comptes bancaires locaux et/ou aux infrastructures de paiement
  • Les messages de paiement standardisés
  • Les coordonnées bancaires des clients
  • L’objet du ou des paiements et le manque de pièces justificatives
  • La fraude et le manque de confiance
  • Le coût et l’accès aux liquidités

Ce sont autant d’obstacles importants à l’acheminement des paiements au bon endroit, au bon moment et au bon montant avec un certain degré de certitude Malgré les innovations des paiements mobiles, les bénéficiaires présentent deux défauts majeurs lorsqu’ils reçoivent des paiements transfrontaliers : un compte bancaire inadapté pour recevoir les fonds et, lorsque ce compte n’existe pas, la dépense nécessaire pour recevoir et collecter les fonds. Cela a notamment un effet important sur les salaires et les transactions liées au commerce, en effet les coûts subsahariens sont les plus élevés par rapport aux autres zones économiques.

Certains des coûts sont explicites, mais d’autres sont implicites et ont un impact plus important. De nombreux fournisseurs qui effectuent des paiements en KES (shilling kenyan) ne communiquent pas les dysfonctionnements opérationnels qui se traduisent par des échecs de paiement et une augmentation des coûts. Les banques et les sociétés de transfert de fonds utilisent un réseau de correspondants bancaires pour effectuer des paiements sur des marchés à faible volume et dans des pays ou régions où ils ne disposent pas d’une implémentation locale. Le correspondant bancaire (l’homme au milieu) prélève des frais auprès du destinataire ou de l’expéditeur et parfois la banque bénéficiaire a également une banque bénéficiaire, ce qui ajoute des frais supplémentaires aux montants prévus pour la transaction finale. Cela signifie que le montant attendu est amputé de ces frais de transaction, de sorte que les employés ne reçoivent pas le montant attendu ou que les produits restent bloqués au port parce que la facture ou le BL (Bill of Lading) est inférieur au montant attendu.

Dans d’autres circonstances, ces mêmes prestataires peuvent envoyer une devise de base à la banque bénéficiaire ou à la banque locale, et leur demander de la convertir en devise locale et d’effectuer le paiement. La filiale offshore d’une banque onshore est engagée par contrat à recevoir des USD à l’étranger avec un taux fixé d’avance. Toutefois, lorsque la succursale locale reçoit l’instruction, le taux peut changer en raison du moment de la réception ou parce qu’il manque des informations et que le règlement est retardé alors que le bénéficiaire est contacté pour réception avant la conversion. Là encore, les paiements liées aux salaires et au commerce semblent être les plus touchées.

Le résultat de ces manques d’efficacité signifie que les importateurs et les exportateurs hésitent à s’engager dans le commerce à moins qu’il ne soit facturé dans une devise de base, ce qui fait supporter les coûts de conversion à la contrepartie. Cela a également un impact sur les entreprises qui s’engagent dans des activités d’exploitation au Kenya. Le fait de payer les employés locaux et expatriés moins que prévu a un impact significatif sur leur satisfaction.

En bref, il faut connaître son fournisseur et s’assurer de la transparence de ses flux de transactions. Cela vous aidera à comprendre ses limites et l’impact de celles-ci sur vos activités quotidiennes.

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